Théologie des aninaux

Théologie des animaux

Découvrez aussi nos actions contre la souffrance animale en cliquant ici.

Texte de Monseigneur Patrick Truchemotte, patriarche gallican de 1975 à 1986. Il fut un grand défenseur des animaux et un combattant virulent contre la vivisection, n’hésitant pas à donner des conférences dans la France entière sur le sujet et notamment à la Sorbonne. Dans ce texte il expose le point de vue de notre Église sur la condition animale. Même si nous combattons aussi contre toutes formes de souffrance envers l’animal nous ne sommes que les modestes disciples de ce grand homme que fut le patriarche Patrick. Nous lui rendons hommage. Ce texte fut validé par le Concile de l’Eglise Gallicane en 1977 à Andernos.

La lecture de la bible nous apprend que Dieu forma les animaux et les fit venir vers l’homme afin que ce dernier ne soit pas seul (Genèse 2,18-19).

La lecture attentive de ces textes montre bien qu’à partir de l’instant où Adam donne un nom à chaque espèce animale il se crée entre elle et lui une cohésion si profonde que l’Eternel englobera désormais l’homme et l’animal dans un même jugement.

Par exemple, au moment du Déluge, l’Eternel dit: « J’exterminerai de la face de la Terre l’être humain que j’ai crée depuis l’homme jusqu’au bétail » (Genèse 6,7) et plus loin, nous lisons que : « Dieu se souvint de Noé, de tous les animaux et de tout le bétail qui étaient avec lui dans l’Arche ». Plus explicitement encore, après le Déluge, Dieu dit qu’il établit son alliance avec Noé et les siens et avec tous les êtres vivants « tant les oiseaux que le bétail, que tous les animaux de la terre »(Genèse 9,10).

Et, tout au long de la Bible, l’Eternel considère le monde animal comme un interlocuteur valable:

– « En ces jours là, je traiterai pour eux une alliance avec les bêtes des champs, les oiseaux du ciel et les reptiles de la terre », dit-il au prophète Osée (2,20)… Et il dicte à Moise des préceptes interdisant de maltraiter les animaux dont le peuple hébreux a la charge : – « Ne pas faire travailler aucune de ses bêtes le jour du repos » (Deutéronome 5,12-14). – « Ne pas mettre de muselière au boeuf quand il foule le grain » (Deutéronome 25,4). Certains préceptes ont même pour fondement le respect de l’affectivité animale : – « Tu ne feras pas cuire un chevreau dans le lait de sa mère » (Deutéronome 14,15).

Ainsi, entre l’homme et l’animal Dieu établit un code qui lui permettra au jour du jugement de demander au premier des comptes de son attitude envers le second:

– « Vous n’avez pas fait paître les brebis, vous n’avez pas fortifié celles qui étaient faibles, guéri celles qui étaient malades, pansé celles qui étaient blessées; vous n’avez pas ramené celles qui s’égaraient, cherché celles qui étaient perdues, mais vous les avez dominées avec violence et dureté » (Ezechiel 34,4).

La vanité de l’homme est de se considérer comme isolé de l’animal dans l’équilibre cosmique en vertu de son intellect plus développé ou des vues particulières que dieu a sur lui; pourtant Dieu s’insurge contre cette optique: –  » Voici l’hippopotame à qui j’ai donné la vie comme toi ».
Et l’Ecclésiaste, méditant sur cette vanité de l’homme à l’égard de l’animal écrit:

– « J’ai dit en mon coeur, au sujet des fils de l’homme, que Dieu les éprouverait, et qu’eux-mêmes verraient qu’ils ne sont que bêtes, car le sort des fils de l’homme et celui de la bête sont pour eux un même sort; comme meurt l’un, ainsi meurt l’autre, ils ont tous un même souffle, et la supériorité de l’homme sur la bête est nulle car tout est vanité »… (Ecclésiaste 3,18-19).

Ce n’est pas pour l’homme se ravaler aux rangs inférieurs que de réaliser que, pièce maîtresse sur l’échiquier de la vie, il ne peut gagner la partie qu’en union fraternelle avec les autres pièces; il tire de la contemplation de l’animal des clichés qui imprègnent son psychisme, éveillant en lui les archétypes de la beauté, de l’harmonie, des arts et de la philosophie.

Et la civilisation sera à l’échelle même du respect de la vie et du bonheur animal.

– « Maudit soit l’homme qui n’écoute pas les paroles de cette alliance » (Deutéronome 27,26). Dés les origines, des civilisations tentèrent de s’édifier en rompant cette alliance entre l’humanité et l’animalité; Nemrod, fils de Cusch, nous dit la Genèse au chapitre 10 « Vaillant chasseur contre l’Eternel » fut l’un des premiers a tuer l’animal par sport, pour le plaisir, pour montrer sa force… Il régna sur Babel et fut à l’origine de cette civilisation babylonienne dénoncée par les prophètes.

Nemrod, tour de Babel, Babylone: Dégringolade de l’esprit primitif; les hommes ne comprennent plus les animaux, les hommes ne se comprennent plus entre eux, ne comprennent plus la volonté de l’Eternel.

Peu à peu l’animal cesse d’être un prolongement de l’homme dans le cosmos et l’humanité ensanglante ses cultes de sacrifices d’animaux qui ont perdu toute signification:

– « Qu’ai-je à faire de la multitude de vos sacrifices ? dit l’Eternel; je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse des veaux. Je ne prends point plaisir au sang des taureaux des brebis et des boucs. Quand vous venez vous présenter devant moi, qui vous demande de souiller mes parvis ? » (Isaie 1,11-12).

L’Eternel ne veut pas de sacrifices d’animaux:

– « Je déteste et méprise vos fêtes, je ne puis sentir vos assemblées. Quand vous me présentez des sacrifices et des offrandes, je n’y prends aucun plaisir et les veaux engraissés que vous sacrifiez en actions de grâces, je ne les regarde pas » (Amos 5,21).

Bien plus, le Seigneur insiste sur le fait qu’il n’a jamais demandé un tel culte:

– « M’avez-vous fait des sacrifices et des offrandes pendant les quarante années du désert, Maison d’Israël? »

Il n’a jamais voulu d’hécatombes animales et c’est abusivement que l’on fait cela en son nom:

– « Car je n’ai pas parlé avec vos Pères, je ne leur ai donné aucun ordre le jour où je les ai fait sortir du pays d’Egypte, au sujet des holocaustes et des sacrifices » (Jérémie 7,21).

Et, par la bouche du Prophète, il reprend durement Israël, le Temple de l’Eternel est à ceux qui « pratiquent la justice, n’oppriment pas l’étranger, l’orphelin et la veuve, ne répandent pas en ce lieu le sang innocent » (Jérémie 7,5). Au lieu de cela, on a fait du Temple une immense boucherie, une « caverne de voleurs » (Jérémie 7,11)… C’est la même accusation que reprendra Jésus quand il trouva dans le Temple les vendeurs de boeufs, de brebis et de pigeons qui allaient être égorgés… »Ayant fait un fouet de cordes, il les chassa tous du Temple ainsi que les brebis et les boeufs » (Jean 2,15).

Vol, en effet, de ces marchands qui prétendent déjà faire acheter pour l’Eternel ce qui lui appartient déjà: – « Je ne prendrai pas un taureau dans ta maison, ni des boucs dans tes bergeries car tous les animaux des forêts sont à moi, toutes les bêtes des montagnes par milliers; je connais tous les animaux des montagnes et tout ce qui se meut dans les champs m’appartient » (Psaume 50,9), et plus loin : – « Si j’avais faim, je ne te le dirai pas car le monde est à moi et tout ce qu’il renferme. Est-ce que je mange la chair des taureaux. est-ce que je bois le sang des boucs ?  » (Psaume 50-12). Peut-on de façon plus complète, plus totale, faire connaître sa volonté : – « Je ne puis voir le crime s’associer aux solennités… Quand vous multipliez vos prières, je n’écoute pas: vos mains sont pleines de sang » (Isaie 1,15). Et refuser un culte de cette sorte: – « Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez de devant mes yeux la méchanceté de vos actions, apprenez à faire le bien, recherchez la justice, protégez l’opprimé, faites droit à l’orphelin, défendez la veuve » (Isaie 1,17).

Tel fut la base de l’enseignement de Jésus qui, afin d’en finir avec les vieux cultes – « car il est impossible que le sang des taureaux et des boucs ôte les péchés » (Hébreux 10,14) – vint s’offrir comme la victime par excellence.

Concernant les hommes, nous savons de façon très claire que la volonté divine réside dans le commandement: « Aimez-vous les uns les autres « . Mais l’animal est-il exclu de ce commandement ?

Comment l’Eternel l’aurait-il oublié lui qui annonce pour les temps futurs: – « En ce temps là, je traiterai pour eux une alliance avec les bêtes des champs, les oiseaux du ciel et les reptiles de la terre, je briserai dans le pays l’arc, l’épée et la guerre, et je les ferai reposer avec sécurité » (Osée 3,20).

Alors, la chasse cessant, l’homme retrouvera la compréhension de l’animal, par ce langage des oiseaux que parlait le Roi Salomon; télépathie rendue possible par le rayonnement de la bonté et les animaux eux-mêmes cesseront de se craindre et de se combattre:

– « Le loup et l’agneau paîtront ensemble, le lion comme le boeuf mangera des herbages » (Isaie 65,25).

Utopie ? Quelle mutation est impossible à l’Eternel ?

Que ne pourrait même faire l’homme par lui seul quand toute son énergie se tournerait vers une oeuvre de paix ? … Remplacer la viande pour le loup et le lion, est-ce impossible à la vraie science ? – « Car je vais créer de nouveaux Cieux et une nouvelle Terre; on ne se rappellera plus les choses passées, elles ne reviendront plus à l’esprit » (Isaie 65,17).

Dans une seconde épître, l’Apôtre Pierre nous rappelle que, de même que la terre fut changée par le déluge, la méchanceté des hommes prépare un nouveau cataclysme, celui-ci par le feu. – « Les éléments embrasés se dissoudront »…(2 Pierre 3,10). Mais l’humanité et l’animalité survivront réconciliées par l’oeuvre des saints. – « Nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre ou la justice habitera » (2 Pierre 3,13).

Là se déroulera une oeuvre de pleine croissance spirituelle de l’homme et même de l’animal dont l’intellect s’ouvrira à la connaissance de l’être suprême:

– « Les bêtes des champs me glorifieront, les chacals et les autruches » (Isaie 43,20).

Voici ce que dit la Bible des rapports entre l’humanité et l’animalité; bien des points seraient à examiner plus profondément, à approfondir en fonction de l’évolution du peuple biblique.

Mais de ce court examen, nous pouvons facilement constater:

1) Que le sort de l’homme et de l’animal sont liés aux yeux de la Providence.

2) Que toute attitude de non-assistance ou de cruauté de l’homme envers l’animal est un péché dont la gravité peut être équivalente à l’homicide dans certains cas.

3) Que par contre, tout acte de bonté envers l’animal est béni de l’Eternel et sera récompensé.

Il est à noter également que la forme animale ne doit pas être dédaignée et qu’elle semble parfaitement apte, d’après la Bible, à abriter des intelligences supérieures ; l’Esprit-Saint affectionne de revêtir la forme de la colombe et le Christ est présent dans l’Apocalypse sous les apparences de l’agneau. De même, dans la vision d’Ezechiel, les êtres étrangers à la terre qui se présentent à lui ont des corps composés d’éléments humains et d’éléments animaux et quatre faces: l’une d’homme, l’autre de lion, l’autre de taureau, l’autre d’aigle, comme si à un niveau supérieur d’évolution les structures animales et humaines s’étaient fondues.

L’Apôtre Jean, de la même façon, dans l’Apocalypse voit autour du trône de la Majesté Divine quatre êtres vivants : l’un semblable à un lion, le second à un bovin, le troisième à un homme et le quatrième à un aigle (Apocalypse 4,7).

Ne peut-on alors raisonnablement penser que si l’Eternel a créé l’homme « à son image, à sa ressemblance » (Genèse 1,26), il a crée de même chaque espèce animale à l’image, à la ressemblance des forces angéliques qui l’entourent.

Ainsi s’expliquerait le rôle du serpent a l’instant de la tentation, se trouvant à la fois animal et ange déchu – « le serpent ancien appelé le Diable et le Satan » (Apocalypse 12,19) – de même que celui des chérubins placés à l’orient du jardin d’Eden (Genèse 3,24), anges à têtes de taureaux qui gardent le jardin d’Eden comme le Minotaure gardait le labyrinthe.

Ce sont ces mêmes taureaux que Salomon fit sculpter, couverts d’or, dans la maison du lieu très saint du Temple de Jérusalem (2 Chroniques 3).

Le livre de Job montre l’Eternel tenant des assemblées où sont présents les Puissances Angéliques et où Satan, lui-même, est admis et consulté (Job 1,6 et Job 2,2)… Si le possesseur de la forme serpentine, malgré sa déchéance et sa malédiction, peut ainsi dialoguer avec l’Eternel, à plus forte raison les détenteurs des formes bénies par Dieu.

Enfin, comme Jésus plaide pour les hommes, pourquoi les anges à tête d’animaux ne plaideraient-ils pas pour les bêtes d’ici-bas qu’ils représentent ?

– « Ne vend-on point deux passereaux pour deux sous, et pourtant aucun d’eux n’est oublié devant Dieu » dit Jésus (Luc 12,6). Pourquoi dans ces assemblées un ange aux formes léonines ne prendrait-il pas la parole en faveur des lions torturés pour le plaisir et la méchanceté des hommes ? – « Sentence des bêtes du midi à travers une contrée de détresse et d’angoisse d’où viennent la lionne et le lion » (Isaie 30,6). Et pourquoi un chérubin à front cornu ne dirait-il pas dans l’assemblée lacruauté d’une corrida ? N’est-il pas écrit : – « Ouvre la bouche pour le muet, pour la cause de tous les délaissés » (Proverbes 31,8).

Vous vous laissez emporter par la poésie me dira-t’on ! Mais à travers le symbole, n’y a-t’il pas la réalité des choses ?

Je ne sais si, en dehors du continuum spatio-temporel où nous existons, Dieu et ses anges ont encore une forme; je sais qu’ils ont daigné en revêtir pour apparaître aux prophètes et aux saints; je sais que le Christ-Jésus a dit: « Quand je serai élevé j’attirerai tout à moi », et j’espère que dans ce « tout » l’animalité ne sera pas oubliée.

– « Qui sait, » dit l’Ecclésiaste, « si l’âme de l’homme monte en haut et si l’âme de la bête descend en bas dans la terre ? » Cette interrogation en est-elle vraiment une ? L’observation de l’intelligence de certaines espèces animales n’avait pas échappé au grand Sage qui écrit: – « Pour le sage, le sentier de la vie mène en haut » (Proverbes 15,24); cette sagesse ne peut-elle atteindre le règne animal ? Je feuillette le livre des Proverbes et je lis: – « Il est sur la terre quatre sortes d’animaux petits et cependant des plus sages » (Proverbes 30,24).

Vous me direz, peut-être, cette sagesse animale permet-elle d’atteindre Dieu ? Et je vous répondrai que Dieu n’est jamais très loin et que dans les rapports entre l’homme et l’Eternel, c’est l’Eternel qui se révèle et non l’homme qui le découvre de lui-même.

Dieu lui-même, ne dit-il pas à Job que les petits du corbeaux « crient vers Dieu » (Job 39,3). Pourquoi, faisant taire mon orgueil d’homme, ne penserais-je pas que Dieu est apte à savoir si les petits du corbeau lui semblent dignes de s’adresserdirectement à lui ? – « Animaux et tout le bétail, reptiles et oiseaux ailés, louez l’Eternel » dit le Psaume 148… La chose n’est possible que si chaque espèce animale a son « âme-groupe » son « choeur angélique », ses « démiurges » portant sesaspirations devant l’Eternel.

Dans la cosmogonie de la Bible, Dieu ne reste pas indifférent à ce qui se passe sur terre; il envoie des anges des messagers, des éclaireurs du ciel, êtres supérieurs qui parcourent sans cesse la surface du globe. Quelles formes ont ces puissances angéliques ? Ecoutons le Prophète Zacharie; il voit des chevaux roux fauves et blancs et demande à l’ange avec lequel il parle: – « Qui sont ces chevaux Monseigneur ? » (Zacharie 1,9) Et il lui est répondu : – « Ce sont ceux que l’Eternel a envoyé pour parcourir la terre » (Zacharie 1,10).

Et les chevaux, eux-mêmes, s’adressent à l’ange et lui font un rapport exact de ce qu’ils ont vu sur la terre. Ces anges à forme chevaline préexistaient certainement à la Création. Qui penserait qu’ils ne rapportent pas devant le trône de l’Eternel les abominations que subissent les chevaux sur terre…

Le même prophète Zacharie nous donne une preuve de la sollicitude de Dieu pour les animaux en parlant de Jérusalem qui sera protégée par Lui et habitée par sa gloire (il s’agit bien entendude la Jérusalem Céleste, l’Eglise Triomphante); elle sera protégée « à cause de la multitude d’hommes et de bêtes qui seront au milieu d’elle » (Zacharie I2,4).

Ainsi, il y aura des animaux dans la Jérusalem Céleste et c’est également à cause d’eux qu’elle sera protégée, aimée et habitée par l’Eternel. Nous voici loin de l’optique religieuse moderne, mais nous voici tout prés de l’optique d’un Saint François:

– « Je te salue mon frère mon frère le chien, je te salue mon frère le loup. »

Jung a écrit que sur le plan psychanalytique, « l’acceptation de l’âme animale est la condition de l’unification de l’individu et de la plénitude de son épanouissement »; sur le plan religieux je suis persuadé que c’est profondément vrai.

L’Eglise des époques médiévales avait saisi les principes de cet équilibre et les procès d’animaux tant décriés par les historiens ne marquaient peut-être pas une mentalité si reculée qu’on veut bien le dire.

Car de quoi s’agissait-il, sinon de donner à l’animal inconscient des lois humaines et, impuissant à exposer ses motivations propres, un avocat qui parle en son nom.

Certes, il y eut des abus et des parodies; mais que nous regrettons à notre époque de ne pas avoir, à la veille d’une corrida par exemple, un avocat des taureaux qui vienne devant le public dénoncer la sottise et la cruauté des tortures que l’on veut leur infliger.

Chaque fois que l’on apprenait qu’un animal était maltraité quelque part, l’on traduisait l’animal et le maître devant un tribunal…

La société de l’époque, inspirée par l’Eglise Gallicane, se sentait solidaire des animaux, elle leur donnait les moyens de se défendre.

De même, pour s’en prendre à une espèce jugée nuisible, il fallait que les villageois attaquent cette espèce en justice et écoutent ses avocats. Il y eut ainsi des procès de rats et de loups; que cette coutume serait précieuse de nos jours où des espèces animales sont en voie d’extinction.

De même, l’Eglise avait des prières de bénédiction pour chaque animal et chaque espèce avait son saint patron, et des prières pour chacune de ses maladies.

Souvent naïves, mais combien riches de Foi que ces prières du rituel gallican: – « Bête, tu n’as pas demandé à te perdre. Que Dieu te conserve la vie ».

Le Christ né dans une étable (Luc 2,7) ne pouvait se sentir choqué d’y voir pénétrer ses prêtres pour bénir une bête ou lui faire des onctions… Le temps est si proche de l’Eglise primitive persécutée où l’on vit des lions refuser de dévorer des chrétiens, où des corbeaux portaient quotidiennement leur pain aux ermites, où le cerf de Saint Hubert dressait entre lui et sa passion de la chasse la croix de lumière de celui qui a dit: – « Bienheureux les débonnaires car ils hériteront la terre »(Mathieu 5,5).

L’ignorance, le matérialisme, l’oubli de la loi de charité ont fait oublier par les Eglises modernes ces positions essentielles et les Catholiques, apprenant que le Pape Paul VI s’était laissé aller à bénir 150 toréadors, ont évoqué douloureusement la bulle de Pie V condamnant: « Ces spectacles sanglants et honteux de démons plutôt que d’hommes… »

Mais si la voix des hommes fussent-ils évêques ou papes peut varier, la voix de l’Eternel est faite de paroles qui ne passent pas. – « Les méchants tirent l’épée… Leur épée se brise dans leur propre coeur » (Psaume 37). – « Eternel, tu soutiens les hommes et les bêtes » (Psaume 36,7). De plus en plus, l’élite d’hommes et de femmes qui avait ce don de l’Esprit-Saint, ce charisme qu’est la perception du rôle de l’animal dans le cosmos, de plus en plus cette élite devient nombreuse et active…

Dans les générations précédentes un Saint François d’Assise, un Saint Martin de Porrès, un Saint Séraphin, un Saint Serge qui tous allèrent très loin dans l’expression de leur amour du monde animal faisaient figure d’exception…

Mais aujourd’hui c’est la Chrétienté qui prend conscience.

L’on me fera observer qu’en même temps les forces du mal se déchaînent, tentent de faire une science de la vivisection, un art de la corrida…

Mais je suis persuadé que ce déchaînement même des forces du mal est un aveu de faiblesse.
La vraie science, l’art véritable jaillissent de l’être humain par d’autres voies que la souffrance animale.

L’être humain sent que sa mission dépasse ce qu’elle était au début de l’Eglise, l’Eglise a grandi, noblesse oblige, elle a de nouveaux devoirs.

Mais pour atteindre le but fixé par le Christ, il est nécessaire qu’une information se fasse plus dense, plus totale… C’est la grâce que je souhaite aux générations qui montent.

La boutique est en cours de test — aucune commande ne sera honorée. Ignorer