Histoire du Mouvement Gallican

I – L’Église Gallicane sous l’Ancien Régime

Il suffit de quelques mots pour rappeler que le Mouvement Gallican n’est pas d’inspiration récente mais qu’il ne fait que maintenir une ancienne tradition.

Quand les premiers chrétiens propagèrent l’Évangile dans le monde entier, des Églises se constituèrent dans les divers pays, et dès la fin du 1er siècle après Jésus Christ, les Églises de MARSEILLE, TOURS, LYON, ARLES, VIENNE, NARBONNE, PARIS, CLERMONT FERRAND, LIMOGES, étaient fermement établies.

Les premiers et les plus marquants évangélisateurs des Gaules furent sans conteste la propre famille et les amis de Notre Seigneur Jésus Christ. Ainsi lorsque la sainte nacelle arriva sur les côtes de Provence avec à son bord, Lazard, Marie-Madeleine la bien-aimée du Seigneur, Maximin, Marthe, Marie Jacobé et Marie Salomé, Sidoine, Joseph d’Arimathie qui continuera son voyage vers l’Angleterre, notre patrie devenait automatiquement la patrie du Christ Jésus, son Royaume par excellence.  Lazare deviendra évêque de Marseille, Maximin évêque d’Aix, Marie Madeleine qui évangélisera la région avant de se retirer à la Sainte Baume, Marthe à Tarascon, etc.

Arrivée des saintes Marie de la Mer auprès de sainte Sara

Un  nom qui domine aussi l’Histoire est celui de saint Irénée qui mourut martyr. Cet évêque de Lyon tenait son épiscopat de saint Pothin qui le tenait de l’évêque saint Polycarpe qui lui-même avait été consacré dans l’île de Pathmos par l’apôtre saint Jean le disciple bien-aimé, celui à qui il confia sa mère en mourant.

D’où un premier aspect de l’Église Gallicane qu’il convient de souligner, elle est profondément johannique et mariale.

A la même période une autre racine rejoint celle de Lyon, dans le Burdigala (Bordeaux) du premier siècle, l’apôtre Martial (l’enfant de la Multiplication des pains) a imposé les mains à un ancien prêtre de Mithra convertit au Christianisme après une guérison miraculeuse… Ce nouvel évêque saint Fort, époux de sainte Bénédicte, recevra dans une vision un ordre de saint André, apôtre au moment où celui-ci est crucifié à Patras : C’est de faire du siège de Bordeaux, son siège apostolique. Cette origine qualifiée de légendaire par le mouvement moderniste fut cependant attestée par une bulle du Pape Innocent VIII du 25 Février 1488.

Une autre racine fut à Paris l’épiscopat de saint Denis l’Aeropagite, converti par l’Apôtre Paul et fait par lui évêque, encore une belle tradition gallicane.

Enfin une racine concernant l’évangélisation de la Gaule germanique et belgique est l’arrivée en Alsace de Materne, le fils de la veuve de Naïm ressuscité par Jésus, qui vint dans notre contrée avec ses disciples Euchère et Valère. Ils évangélisèrent l’Alsace et après une partie de l’Allemagne et enfin la région de Maastricht, Tongres et Liège. N’oublions pas que ces deux évêques, un alsacien et un liégeois qui sont à l’origine de la création de l’Union Gallicane.

Quoi qu’il en soit, l’Église Gallicane existe et – en 362 – nous voyons l’évêque de Poitiers, saint Hilaire entrer en conflit avec le pape de Rome qui s’est mis à enseigner l’hérésie arienne, c’est à dire à nier la divinité du Christ.

Cependant les auteurs de l’Histoire de l’Église sont en général d’accord pour penser que l’Ange de l’Église Gallicane, que nous célébrons le 15 février, ne fut pleinement sensible que par l’acte de saint Remi, baptisant Clovis, au baptistère de Reims et puis lui donnant – en 496 – l’onction royale comme jadis le prophète Samuel l’avait fait au jeune roi David.

Cette onction faite avec un Saint Chrême que la Tradition veut avoir été apporté par une colombe blanche (symbole de l’Esprit Saint qui guide les conducteurs de l’Église Gallicane) faisait de Clovis le représentant visible de l’Ecclesia Francorum. Pouvoir spirituel distinct de son rôle politique et très nettement indiqué par le cérémonial du sacre.

Le titre de « Patrice » (dérivé de père) fut donné à Clovis par le Siège de Rome en confirmation des pouvoirs patriarcaux qu’il venait de recevoir de l’Église Gallicane.

Certains des successeurs de Clovis prirent pleinement conscience de cette fonction patriarcale, ils associèrent cette mission religieuse à leurs attributions politiques… Après le déclin de leur dynastie l’Église Gallicane se choisit un autre conducteur en la personne d’Hugues Capet, elle reporta sur lui le courant charismatique dont elle avait oint Clovis.

Elle donna comme preuve de ce droit aux peuples des Gaules, le très surprenant pouvoir des Oints de la Sainte Ampoule de guérir les écrouelles par l’imposition des mains. En fait les rois recevaient les ordres mineurs dont celui de l’exorcistat lors de la cérémonie du Sacre, puis revêtus de la dalmatique des diacres, on leur oignait les paumes comme à un évêque… Cette fonction sacerdotale fut pleinement perçue par beaucoup des successeurs d’Hugues Capet dont certains se comportèrent en saints, tels Robert le Pieux et Louis IX.

Cette fonction de présider l’Église de France, d’en être les patriarches, d’en réunir et présider les conciles de façon extrêmement visible quand nous voyons Philippe Auguste donner la communion sous les deux espèces à Bouvines, Saint Louis relever d’excommunication « en vertu de son pouvoir de lier et de délier reçu le jour de son sacre » (Joinville), François 1er prêche à Amboise, etc.

Les vertus qui fleuriront au sein de l’Église de France lui donnèrent un caractère particulier qui s’affirma longtemps dans l’exercice de prérogatives communément appelées « libertés de l’Église Gallicane ». C’est ainsi que, sans rompre avec l’évêque de Rome et en lui reconnaissant une primauté d’honneur, elle n’admettait pas sans réserves ni discussions ses décisions théologiques et disciplinaires. Réaffirmant les positions déjà adoptées par saint Irénée de Lyon dès le IIe siècle et le Concile National de Tours en 461, elle appuya son indépendance sur la Pragmatique Sanction promulguée par saint Louis. Le Concile de CONSTANCE, sur la demande de Pierre d’AILLY, de Jean GERSON, et d’autres docteurs gallicans, rappela la subordination du Pape aux Conciles, rappelant l’égalité des apôtres entre eux et par voie de conséquence celle des Églises.

Jean Gerson

Il suffit de consulter une Histoire de France pour trouver, à chaque siècle, le souvenir des luttes constamment menée par notre Église contre les prétentions romaines. De la pragmatique sanction à la Déclaration des Quatre articles de Bossuet, de l’évangélisme de Meaux à la Constitution civile du clergé, de la spiritualité œcuménique des ordres chevaleresques à la Réforme Janséniste et à la fidélité des Dissidents de Vendée, c’est la même affirmation d’un peuple chrétien à sa vocation particulière dans le Cénacle Apostolique.

II – Bossuet et les quatre articles :

Le titre « d’immortel défenseur des Libertés de l’Eglise Gallicane » lui a parfois été donné. Il rédigea en effet la célèbre « Déclaration du clergé gallican sur le pouvoir dans l’Eglise » (1682).

Aux côtés de Louis XIV, Bossuet jouait virtuellement le rôle de chef spirituel de l’Eglise Gallicane. En conflit avec Rome au sujet du droit de Régale (perception royale du revenu ecclésiastique des évêchés et abbayes), Louis XIV convoque en synode national l’Assemblée extraordinaire des évêques de France. Il leur demande de rappeler dans une déclaration solennelle les grands principes des Libertés de l’Eglise Gallicane.

Bossuet, qui vient d’être nommé évêque de Meaux et qui est le personnage le plus marquant de cette assemblée, est chargé d’en rédiger le texte.

En voici le résumé :

Les Quatre Articles de 1682

1) Les princes ne sont pas soumis à l’autorité de l’Eglise dans les choses temporelles.

2) L’autorité du pape est limitée par celle des conciles généraux.

3) L’autorité du pape est limitée par les lois et coutumes du roi et de l’Eglise Gallicane.

4) L’opinion du pape n’est pas infaillible, à moins qu’elle ne soit confirmée par l’Eglise.

Le 19 mars 1682, la déclaration est soumise à l’Assemblée du clergé de France et approuvée par l’unanimité de ses évêques… Ce qui en dit long sur l’importance du sentiment gallican à l’époque !

Les « Quatre Articles de 1682 » sont aussitôt érigés en loi d’Etat et enseignés dans toutes les écoles. Les titulaires d’un grade universitaire de théologie promettent, sous serment, de les respecter. C’est une véritable charte pour l’Eglise Gallicane. Elle fait suite à la Pragmatique Sanction de Bourges de Charles VII (1438) et à l’enseignement théologique de la très gallicane Sorbonne à Paris.

Elle repose sur une longue tradition d’indépendance de notre vieille Eglise nationale, déjà défendue par Pierre d’Ailly et Jean Gerson sur les bases définies par les conciles de Constance (1414) et de Bâle (1431): limitation des pouvoirs du Pape à un rôle d’impulsion, d’arbitrage et d’unité, réaffirmation – conformément à la règle de l’Eglise universelle et indivise (catholique et orthodoxe) du premier millénaire – de la supériorité du concile (assemblée de tous les évêques) sur le Pape.

Elle anticipe ce que devrait être l’Eglise du troisième millénaire, une Eglise plus démocratique et participative, non une monarchie absolue de droit divin telle que celle définie par le concile romain de Vatican 1 en 1870.

Paradoxalement, c’est sous le règne de Louis XIV – monarque absolu lui aussi – que cette charte est adoptée. Mais le gallicanisme du Roi était plus politique que théologique. Il s’agissait moins pour lui de défendre un idéal que de fabriquer une machine de guerre à l’encontre de Rome.

Bossuet n’ignorait rien de la politique du Royaume de France mais, en bon théologien, il a dans ses définitions ramené le débat au niveau des principes, des vérités théologiques.

Il connaissait le passé actif de la tradition gallicane, ses maîtres – gallicans eux aussi – l’avaient bien formé.

Bossuet ne pouvait ignorer la Pragmatique Sanction, ordonnance royale promulguée par Charles VII en 1438 avec l’assentiment de ses théologiens et qui limitait déjà, au profit du pouvoir royal, les droits de la cour de Rome en matière de nomination aux évêchés et aux abbayes, de perception des revenus ecclésiastiques, d’appels, d’excommunications ou d’interdits. Le concile général y était reconnu supérieur au pape, les élections des évêques et des abbés étaient rétablies. Par ce texte, Charles VII avait déjà donné à la France un statut de pur esprit gallican.

Mais tous ces décrets ne furent pas reconnus par Rome qui les condamna.

Cependant, ces condamnations ne paraissent pas avoir beaucoup ému les gallicans d’alors. Ainsi en 1461, Louis XI accorde à Pie II l’abrogation de la Pragmatique; mais le Parlement de Paris (haut lieu de résistance gallicane) refuse d’enregistrer ses lettres. En 1472, c’est un concordat véritable qui est conclu entre Louis XI et Sixte IV; mais le Parlement, qui se pose en défenseur des anciens canons, refuse encore l’enregistrement de ce concordat qui reste lettre morte.

En 1545, au concile de Latran, le cardinal de Lorraine déclare publiquement que l’Université de Paris lui a enseigné la suprématie du concile général sur le Pape, et qu’il ne peut moins faire que de défendre cette doctrine en fils soumis à sa mère éducatrice. Et il ajoute : « Jamais un évêque de France n’admettra la déclaration du concile de Florence sur la prééminence du pape ».

Malgré l’opposition résolue de Rome, la Pragmatique Sanction de Bourges demeure en vigueur en France jusqu’au Concordat de Bologne signé en 1516 par François 1er et Léon X; et au-delà, elle ne cesse d’inspirer la politique religieuse en France, jusque et y compris sous la Révolution et l’Empire

III – Les mouvements du XIXe et XXe siècle

Aux révolutions politiques qui ont marqué le XIXe siècle a correspondu une évolution des esprits qui s’est traduite par des transformations religieuses. Les Églises issues de la Réforme ont connu les mouvements de Réveil qui ont parfois pris des développements considérables. De même que l’Église Catholique Romaine s’est vue mettre en cause politiquement avec le phénomène de la Petite Église que doctrinalement avec la fondation de l’Église Catholique Française, de l’Église Gallicane et des différentes Églises Vieilles Catholiques.

a) Mgr Chatel

L’Église Catholique Française fut fondée en 1831 par Mgr Chatel, qui réuni des chrétiens venus de milieux fort différents. Elle se répandit très rapidement en France et en Belgique, avec des évêques, des paroisses et même la construction d’églises que nous pouvons encore voir de nos jours même si elles ont changé de juridiction. Mais en 1842, sous la pression des autorités catholiques romaines inquiètes des succès gallicans, le gouvernement du roi Louis Philippe prononçait la dissolution de l’Église.

Le gallicanisme se maintenait pourtant, et si l’abbé Beaunier, fidèle à Mgr de Thémines, préservait la foi française en Vendée, dès 1852, l’abbé Guettée, auteur de la célèbre Histoire de l’Église de France (12 vol. 1847-1856), devenait le champion du catholicisme gallican avant de rejoindre l’orthodoxie orientale. Il faut attendre le Concile romain du Vatican en 1870 pour voir éclater la crise.

b) Le mouvement de réforme en 1870

Cette fois le mouvement ne s’arrêtera plus. Déjà l’évêque d’Orléans, Mgr Dupanloup parlant de l’Infaillibilité du pape que Pie IX voulait leur faire signer s’écria à la tribune : « la plus grande insolence qui se soit jusqu’ici perpétrée au nom de Jésus-Christ ». Mais le Mouvement fut relancé par un de ces hommes dont la silhouette domine tout une époque, un maître de l’éloquence sacrée, un théologien d’un mérite indiscuté : le R.P. Hyacinthe Loyson, supérieur des carmes déchaux de Paris, définiteur provincial de cet ordre et prédicateur à la chaire de Notre Dame de Paris. Parmi ses amis – l’abbé Michaud, vicaire à la Madeleine à Paris, – le chanoine Mouls, fondateur et premier curé de la ville d’Arcachon, – l’Abbé Junqua, Docteur de la Sapiens Romaine, restaurateur de sanctuaire et official du diocèse de Bordeaux, – le Chanoine Jean Hyppolite Michon, archéologue, fondateur des sœurs de Notre Dame des anges de Puypéroux et créateur de la Graphologie, – les sœurs de Sainte Marthe, et tant d’autres …

      

Les abbés Junqua, Mouls, Michon et Loyson

c) Mgr Vilatte et l’Abbé Julio

En même temps se fondent l’Église Catholique Italienne à l’appel du dominicain Louis Prota-Giurleo, et les Églises Vieilles Catholiques d’Allemagne et de Suisse à l’appel du théologien Doellinger. De même en Amérique du Nord, les catholiques, refusant les nouveaux dogmes romains adoptaient eux aussi le nom de Vieux Catholiques et se groupaient sous l’autorité du R.P. Joseph René Vilatte. Mais tandis que les Vieux Catholiques en Suisse et en Allemagne demandaient leurs ordres à la vénérable Église des Pays Bas, dont l’archevêché d’Utrecht s’était séparée de Rome lors de la réforme Janséniste, les américains, qui étaient protégés par l’Archevêque orthodoxe russe Wladimir de San Francisco, s’adressèrent à l’Église d’Orient pour assurer leur succession épiscopale. Ce fut dans la lignée descendant de Saint Pierre par le siège apostolique d’Antioche, que le R.P. Vilatte fut consacré le 29 mai 1892 à Ceylan, dans la cathédrale Notre Dame de la Bonne Mort, par l’Archevêque syro-jacobite Julius Alavarez, assisté des évêques Paul Athanase et Grégoire de Parumala. Les évêques Julius et Grégoire ont depuis étaient canonisés par leur Église.

Mgr Vilatte

Sur Mgr Vilatte, lire le livre : Mgr Joseph René Vilatte – Une vie en image de Mgr Raphaël Steck, disponible sur Amazon

En France les catholiques gallicans avaient quelque difficulté à s’organiser pour deux raisons principales. Les cultes étaient toujours soumis au régime du Concordat et il était très difficile d’établir une nouvelle confession qui ne soit ni romaine, ni protestante, ni israélite. Par ailleurs, le R.P. Loyson, animateur incontesté du mouvement, persistait dans son refus de l’épiscopat, alors qu’en 1883, il avait reçu une autorisation présidentielle de célébrer le culte gallican.

Il fallut donc attendre quelques années pour voir renaître l’Église Gallicane. Ce fut en 1905 lorsque la Loi de séparation de l’Église et de l’État permit enfin de régulariser la situation.

Mgr Vilatte, venu en Europe, consacra le 6 mai 1900 à Piacenza (Italie) Mgr Paulo Miraglia Gulotti, pour diriger le mouvement italien. Mgr Miraglia, à son tour, consacra à Thiengen (Allemagne) le 4 décembre 1904 Mgr Julien Ernest Houssay (l’Abbé Julio), pour être évêque métropolite de France

Mgr Vilatte fonda les premières cultuelles catholiques gallicanes, aidé de l’écrivain Henri des Houx. Après son retour en Amérique il eut pour successeur à la tête de l’Église de France, Mgr Houssay (dit Abbé Julio), aidé de Mgr Laurain de Lignères et de Mgr Brandon. Le 21 Juin 1911, Mgr Houssay consacra Mgr Louis Marie François Giraud qui lui succéda à sa mort en 1912.

Abbé Julio

d) Sous l’épiscopat de Mgr Giraud

En 1913, Mgr Giraud consacrera Mgr Jean Bricaud à l’épiscopat pour donner une succession apostolique au mouvement gnostique. Il installa le siège de l’Église à Gazinet en Gironde le 14 septembre 1914 avec l’aide d’une sainte femme : Alphonsine Mathieu. Le 15 février 1916, il créa la Cultuelle Saint Louis. Il consacra comme coadjuteur Mgr Gaston Vigué le 28 décembre 1921 et ils fondèrent ensemble l’Union des Églises catholiques et orthodoxes d’Occident.

Mgr Jean Bricaud

A son retour d’Amérique, Mgr Vilatte fut élu par le clergé et les évêques comme patriarche du clergé gallican. Il résigna sa charge en 1925 et mourut en 1929. Mgr Giraud fut élu en 1928 comme deuxième patriarche.

Son patriarcat vit le développement de l’Église avec l’ouverture de nombreuses paroisses et la consécration de deux évêques supplémentaires : Mgr Bernard Jalbert Ville en 1930 et Mgr Lescouzères en 1945.

Durant la guerre de 39-45, l’Église Gallicane fut interdite et dissoute par le régime de Vichy. Mgr Vigué fut déporté en Allemagne et Mgr Chevillon, évêque gallican et gnostique de Lyon (consacré en 1936 par Mgr Giraud), fut assassiné par la milice tandis qu’à Paris l’on incendiait l’église de Mgr Maxime Adrot, son épouse courant dans les flammes pour sauver le Saint Sacrement. Mgr Chevillon est depuis considéré comme un saint martyr par notre Eglise. C’est un décret du Général de Gaulle qui lèvera toute cette indignité !

Mgr Giraud à Gazinet en 1945 avec Mgr Lescouzères à sa gauche avec d’autres membres du clergé.

Après la guerre Mgr Giraud continuera son œuvre, aidé de Mgr Lescouzères, et des évêques de l’Union des Églises. Cette œuvre œcuménique verra de nombreux évêques en Europe. Nous en reparlerons plus loin puisque cette œuvre sera reprise par Mgr Erni. Mgr Giraud rendra son âme à son Divin Maître en 1950.

e) Pontificat de Mgr Jalbert Ville

C’est Mgr Bernard Isidore Jalbert Ville (photo ci-contre) qui fut élu comme troisième patriarche de l’Église. Assistez de Mgr Vigué, de Mgr Ivan de la Thibauderie, consacré en 1956 et à qui nous devons notre superbe cathéchisme dogmatique entièrement basé sur des références bibliques, de Mgr Jean Marie Fournié fondateur du sanctuaire Notre Dame de l’Espérance de Toulouse et du père Patrick Truchemotte, il assura la survie de l’Église après les déboires de la guerre. En parallèle et en communion, Mgr Lescouzères qui ne s’entendait guère avec Mgr Jalbert Ville, installé a Pessac, consacra l’écrivain, théologien et dramaturge le professeur Ducasse Harispe à l’épiscopat et ordonna un prêtre pour la région parisienne le Père Charles Poncelin d’Eschevannes.

   

SB Mgr Jalbert Ville, Mgr Vigué et Mgr de la Thibauderie. 

En Mars 1957, un autre malheur frappe l’Église : le décès du patriarche Jalbert Ville.  La régence fut alors assumée par Mgr Vigué (+1966) et Mgr de la Thibauderie (+1994). Mgr de la Thibauderie est à l’époque connu sous son nom épiscopal de Mgr Gabriel de Saint Martin.

A Noël 1966 après la mort de Mgr Vigué, Mgr Irénée Charles Poncelin d’Eschevannes est élu et sacré quatrième patriarche alors qu’il exerce déjà depuis plusieurs années les fonctions d’Archevêque Primat sous le titre antique d’Archichapelain de France. Son Patriarcat verra le rassemblement de l’ensemble des communautés et diocèses dispersés sous la houlette de cet ancien médecin militaire et romancier de génie. Travaillant en étroite collboration avec des évêques de valeurs comme Mgr Cazenave (Le Teich), Mgr Soubie (Saint Bertrand de Comminges), Mgr Cantor (Mont Saint Aignan), Mgr Fournié, Mgr Ducasse Harispe, Mgr Martin (Arcachon), Mgr Malvy (Bordeaux), Mgr Tudgual en Bretagne ou Mgr Enos (Evreux), il structura l’Église et repris la publication de son journal mensuel.

de gauche à droite : Mgr Fournié, Mgr Cazenave, Mgr d’Eschevannes, Mgr Tugdual, Mgr Malvy et un prêtre inconnu,                      dans l’église abbatiale de la Sainte Présence à Saint Dolay en Bretagne.

Cette Œuvre, il l’entreprit avec Mgr Julien Erni qui restaura l’Union des Églises Catholiques et Apostoliques d’Occident sous le nom de Ligue pour l’Unité Chrétienne. La Ligue verra à son apogée environ 80 évêques, de toutes Églises chrétiennes, réunis autour de la devise : « L’Unité dans la Communion » et la pratique de l’intercommunion.

Mgr Julien Erni, apôtre de l’unité 

C’est dans le cadre de cette Ligue, qu’assisté de Mgr Eugène de Batchinsky et de Mgr Erni, Mgr Irénée consacra Mgr Tugdual Danyel comme premier évêque de l’Église Celtique rénovée et prononça l’acte de restauration de l’ordre monastique de Saint Colomban. Les deux Églises resteront à jamais en communion. La succession de Mgr Tugdual sera continué par l’Église Celtique de Mgr Gall et Mgr Iltud et plus tard par Mgr Maël de Fournier de Brescia qui relèvera l’ermitage et le monastère de la Sainte Présence. L’oeuvre de spirituel de Mgr Tugdual perdurera aussi en parallèle par l’Ordre d’Avallon de Mgr Henri Hillion et l’Ordre Oecuménique de Saint Colomban.

Sa Béatitude Irénée mourut le jour de sa fête patronale : le 28 Juin 1970 à Paris. De nombreux collaborateurs l’avaient précédés dans la Maison du Père et sa succession ne fut pas simple. Mgr Enos, son coadjuteur, renonça à sa charge pour suivre une autre voie ecclésiale et Mgr Soubie déclina l’élection pour raisons de santé. C’est seulement en 1975, qu’un patriarche fut élu au Concile de la Sauve Majeur : Mgr Patrick Truchemotte qui avait été consacré dans la succession mariavite en 1970 comme évêque régent de l’Eglise Gallicane

Mgr Patrick développa aussi l’Église en la dotant d’un institut de formation théologique, d’une émission de radio hebdomadaire et par l’augmentation substantielle du nombre de paroisses (Mézin, Brive…). Précisons encore une fois que le Patriarche Patrick était lui aussi un grand érudit : médecin-homéopathe, poète et écrivain. Nous lui devons des prises de positions fermes sur la place de la femme dans l’Église et aussi contre la souffrance animale et la vivisection. Il instaurera les rites de bénédictions pour les animaux.

SB Mgr Patrick Truchemotte portant la mitre patriarcale

Il rendra son âme en 1986 et le Mouvement Gallican en souffrira à jamais.

         En effet, après sa mort, c’est Monseigneur Jacques Marie Tolitte qui fut élu régent et la consécration de Mgr Dominique Philippe, évêque élu d’Ile de France fut prévue pour juin 1987. Mais une sorte de coup d’état dans le sud ouest fit qu’en janvier 1987, Mgr Tollitte rendit les armes pour ne plus s’occupait que de sa communauté missionaire et Mgr Philippe se tourna vers un évêque allemand pour assurer l’indépendance de sa commuauté Sainte Rita. Sur Bordeaux c’est Thierry Teyssot secrétaire et gendre du patriarche Truchemotte qui fut choisi pour prendre la succession mais sans contact avec les autres évêques gallicans. Cette rupture blessa notre mouvement pour toujours.

Mgr Dominique Philippe fit une oeuvre superbe à la Cathédrale Sainte Rita de Paris et assura une grande renommée à sa juridiction de l’Eglise Catholique Gallicane, s’entourant d’évêques très actif  et ayant un ministère pastoral efficace comme Mgr Diefenthal en Lorraine, Mgr Bauwelers en Belgique et aussi Mgr Gillon.

   

Cathédrale catholique gallicane Sainte Rita de Paris, Mgr Dominique Philippe, Mgr Damien Diefenthal  et Mgr Jean Marc Gillon

Mgr Thierry Teyssot tout en restant toujours très discret fit une oeuvre documentaire énorme en créant dès 1997 un des premiers sites religieux pour sa juridiction de l’Eglise Gallicane Tradition apostolique de Gazinet qui fut la première et, durant longtemps, la meilleure référence gallicane sur le web.

IV – Le XXIe siècle

         C’est enfin en 1999, qu’en Alsace, se regroupa un petit nombre de fidèles désireux de se rattacher à la grande tradition gallicane et de « toujours moderniser en reprenant l’arbre  à la racine » comme le disait Mgr Giraud.  D’abord attachée à la juridiction Bordelaise où le Père Raphaël Steck fit sa formation et fut ordonné au sacerdoce en 2004 par Mgr Thierry Teyssot. Mgr Raphaël fut nommé, en 2007, vicaire général à la formation du clergé.

Le Père Raphaël Steck et Mgr Thierry Teyssot lors de la consécration de la Chapelle Gallicane de Montbrison

           La Mission Gallicane d’Alsace prit son autonomie en Mars 2011, mais travailla toujours en communion avec d’autres communautés, même si certain essayèrent de séparer et ruiner les efforts faits par les uns et les autres. Nous remercions ici avec beaucoup d’affection Mgr Jean Marc Gillon qui nous assura sa bénédiction durant ce temps de transition. Enfin le 29 Juin 2013, le Père Raphaël fut consacré à l’épiscopat par quatre évêques de plusieurs juridictions différentes, officialisant ainsi la pleine autonomie de la Province Gallicane d’Alsace. Le consécrateur de Mgr Raphaël fut Mgr François Marie de Fournier de Brescia, évêque dans la succession de Mgr Vilatte, de Mgr Tugdual par Mgr Henri Hillion et l’Ordre d’Avallon, les co-consécrateurs étant NNSS Willy, Roland et Claude tous les trois évêques dans la succession de Mgr Bricaud. Les lettres d’élections furent signées par plus de 75 fidèles ainsi que plusieurs évêques étrangers comme Mgr Alistair Bate et Mgr John Kersey.

Mgr Roland, Mgr Willy, Mgr Raphaël, Mgr de Fournier Brescia, Mgr Claude

La Mission Gallicane d’Alsace, inspiré du gallicanisme historique, est aussi très attachée à la spiritualité celtique tant parce que les moines celtes furent les grands évangélisateurs de l’Alsace, mais aussi parce qu’elle est l’héritière tant spirituelle que matérielle de grands piliers du renouveau du Christianisme Celtique au XXe siècle comme Mgr Tugdual, Mgr Gall ou le Mgr Henri Hillion à qui nous rendons hommage ici. Mgr Raphaël fut nommé en 2008 Prieur de l’Ordre de Saint Colomban par son père spirituel Mgr Gall Laigle disciple de Mgr Tugdual.

Très vite après la consécration de Mgr Raphaël-Magnoald, des communautés et paroisses autonomes, ainsi que des religieux et religieuses demandèrent à s’unir à la Mission d’Alsace et ont réfléchi à la meilleure manière de concrétiser cette union. Ainsi le 13 Janvier 2014 est née l’Union Apostolique Gallicane.

En date du 2 février, les évêques prêtres et religieux et religieuses de l’Union ont signé solennellement la Charte Fondatrice. L’Union comporte des communautés en France, Belgique, Canada, Allemagne, Suisse, Angleterre et Italie.

Très impliquée dans le mouvement œcuménique elle travaille en collaboration avec plusieurs Églises chrétiennes. L’Union Apostolique Gallicane est membre de plusieurs associations inclusives et lutte de toute ses forces contre l’homophobie religieuse. Elle est aussi devenu la référence religieuse dans le cadre de la lutte contre la souffrance animale. L’Union Apostolique Gallicane devenait ainsi la troisième grande juridiction gallicane avec l’Eglise Catholique Gallicane de Mgr Philippe et l’Eglise Gallicane Tradition Apostolique de Gazinet de Mgr Teyssot.

Les œuvres caritatives des différentes communautés furent rassemblées au sein de l’association humanitaire Francisco.

Le 27 septembre 2014 voyait le premier rassemblement de l’Union à Strasbourg et désormais la date de la Fête de la Saint Michel sera la date du synode annuel.

Le 23 Novembre 2014, en la fête du Christ Roi, était créée l’Institut des Neuf Rochers, centre gallican de Formation Pastorale, Liturgique et Théologique.

Le 31 mai 2015 Mgr Raphaël Steck consacre un évêque pour le Canada lors d’une grande visite pastorale qui lui permet de rencontrer un grand nombre d’ami et d’être reçu avec beaucoup d’honneur dans les grands sanctuaires catholiques romains de Nouvelle France.

Le 1er Août 2016 ouvre à Lingolsheim près de Strasbourg le Centre Miséricorde, comportant une église, une bibliothèque, la salle Joseph René Vilatte et plusieurs espaces extérieurs avec le jardin Saint François, un jardin potager dédié à Sainte Hildegarde et le jardin Notre Dame de la Sauge. Il est le Centre International de l’Union Apostolique Gallicane.

Au cours des années 2017 et 2018, plusieurs rencontres de Mgr Raphaël Steck avec Mgr Dominique Philippe et plus tard avec Mgr Damien Diffenthal concrétisaient un rapprochement entre l’Union Apostolique Gallicane et l’Eglise Catholique Gallicane. Ainsi même si les deux structures ne partagent pas exactement les mêmes règles disciplinaires il est apparu la nécessité de travailler ensemble pour faire cesser les divisions.

Le 17 décembre Mgr Dominique Philippe ordonne un prêtre assisté de Mgr Raphaël Steck et de Mgr Jean Marc Gillon et le 19 il visite le Centre Miséricorde de Lingolsheim.

 

Ordination du Père Gabriel : Mgr Raphaël, Mgr Dominique Philippe et Mgr Jean Marc Gillon, Mgr Dominique Philippe visite le Centre Miséricorde.

Le 30 septembre 2018 en présence du clergé au grand complet, Mère Elisabeth Reeb devient la première femme prêtre de notre Eglise après plus de 5 ans de formation.

Ordination de Mère Elisabeth Reeb

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